Un creative strategist est le profil qui transforme des données de performance publicitaire en hypothèses créatives testables, puis en briefs de production. Il ne fabrique pas les vidéos : il décide lesquelles produire, pourquoi, dans quel ordre, et tranche ce qu'on tue ou qu'on itère. Son unité de travail n'est pas la belle idée mais le cycle analyse → hypothèse → brief → diffusion → lecture → nouvelle créa. On l'évalue au débit d'hypothèses testées et au taux de créas gagnantes, pas à son book. Cet article chiffre ce que ce rôle coûte vraiment et ce que vous avez le droit d'exiger.
Qu'est-ce qu'un creative strategist, concrètement, en une phrase ?
Un creative strategist est la personne qui décide quelles créas publicitaires produire, dans quel ordre, et qui assume la décision de tuer ou d'itérer après lecture des chiffres. Tout le reste — l'inspiration, la veille, les moodboards — est accessoire. Ce qui définit le poste, c'est la responsabilité de l'arbitrage entre une hypothèse et une autre, avec un budget de production fini.
Les fiches métier françaises disponibles en ligne décrivent « un professionnel qui élabore et met en œuvre des stratégies créatives innovantes afin d'atteindre les objectifs marketing » (HubSpot, fiche métier FR). C'est vrai et inutilisable. Un annonceur qui lit ça ne sait toujours pas ce qu'il achète, combien ça coûte, ni comment vérifier que le travail est fait.
Alors prenons le problème dans l'autre sens. Un creative strategist, c'est une ligne de facture. Soit vous la payez en salaire, soit en TJM, soit elle est noyée dans un forfait agence, soit personne ne la paie et le travail n'est pas fait. Dans ce dernier cas — de loin le plus fréquent chez les marques entre 20 k€ et 80 k€ de dépense média mensuelle — le média tourne sur trois créas fatiguées pendant six semaines et on appelle ça « un problème d'algo ».
Ce qu'il n'est pas
- Ce n'est pas un directeur artistique. Le DA garantit la cohérence visuelle et la qualité d'exécution. Le creative strategist, lui, accepte volontiers une vidéo moche si l'hypothèse testée le justifie. On a tourné en 2025 des créas filmées au téléphone dans une cuisine qui ont battu des films studio à 4 000 €. Un DA aurait refusé de les livrer.
- Ce n'est pas un media buyer. Le buyer pilote la structure de campagne, les budgets, les audiences, les enchères. Le strategist pilote ce qu'il y a dans l'annonce. Les deux se parlent tous les jours. Quand c'est la même personne, l'une des deux casquettes est bâclée — généralement la créa, parce que le buyer est jugé sur le ROAS du jour.
- Ce n'est pas un social media manager. Le SMM pilote une présence de marque, un calendrier éditorial, une communauté. Le strategist ne publie rien en organique. Son terrain, c'est l'ad account.
- Ce n'est pas un chef de projet créa. Et c'est le piège le plus coûteux. Un chef de projet suit un planning de production, relance les créateurs, valide les livrables. Un strategist produit une trace écrite : hypothèse → variable isolée → résultat → décision. Sans cette trace, vous payez un coordinateur au prix d'un stratège.
Le test le plus simple pour savoir si vous avez affaire à un creative strategist : demandez-lui les trois dernières hypothèses qu'il a invalidées. S'il ne peut citer que des succès, il fait de la communication interne, pas de la stratégie créative.
Que produit-il réellement dans une semaine de travail ?
Six livrables tangibles, datés, relisibles par quelqu'un d'autre que lui. Si vous ne pouvez pas les poser sur une table à la fin du mois, le rôle n'est pas tenu — peu importe le nombre de réunions auxquelles il a participé.
1. La matrice d'angles
Un tableau qui croise les segments d'audience, les problèmes qu'ils cherchent à résoudre et les promesses produit disponibles. Chaque case est un angle potentiel. Sur un compte e-commerce classique, on en sort entre 12 et 25 exploitables, dont la moitié ne mérite jamais d'être produite. La matière première qu'il manipule, c'est l'angle créatif — pas le script, pas le hook, pas le montage.
2. Le backlog d'hypothèses priorisé
Une liste ordonnée, du type : « Si on ouvre sur le prix barré au lieu du bénéfice, le hold à 3 s baisse mais le CTR sortant monte sur l'audience froide. » Chaque ligne porte une variable isolée, un coût de production estimé et un volume de média nécessaire pour trancher. Le backlog se gère comme un backlog produit : on le priorise, on le purge, on ne le laisse pas enfler.
3. Les briefs de production
Un brief par créa, rempli seul, sans réunion de cadrage de 90 minutes. C'est le livrable le plus contrôlable : prenez trois briefs au hasard et vérifiez qu'un monteur qui ne connaît pas la marque peut travailler avec. Le format que nous utilisons tient en neuf champs, et un strategist confirmé en produit un en 20 à 30 minutes.
4. La grille de lecture
Avant de lancer, il écrit ce qui vaudra succès. Seuil de hold rate, CTR sortant, CPA plafond, fenêtre de dépense minimale. Écrit avant, pas après. Un test dont les critères sont définis après coup est un test truqué, et nous en voyons passer chaque mois dans les audits de comptes.
5. Le rapport de test
Une page par cycle. Ce qu'on a testé, ce qui a bougé, ce qu'on ne sait pas encore. La partie « ce qu'on ne sait pas » est celle qui distingue un bon profil. Un strategist honnête vous dira régulièrement qu'un écart de 12 % de CTR sur 4 000 impressions ne prouve rien.
6. Les décisions kill / itérate / scale
Datées et signées. C'est là que le rôle existe vraiment. Tuer une créa qu'on a payée 600 € au bout de 9 jours demande une autorité que beaucoup de profils n'ont pas en interne. Son unité d'achat réelle, c'est l'itération, pas la vidéo : on ne repart pas de zéro, on change une variable à la fois sur un socle qui fonctionne.
Le poste de travail réel d'un creative strategist : un tableau de résultats à gauche, un backlog de briefs à droite.Pourquoi ce métier est-il apparu maintenant, et pas en 2018 ?
Parce que le ciblage s'est automatisé et que le seul levier qui reste manipulable à la main, c'est la créative. En 2018, un bon media buyer gagnait de l'argent en découpant des audiences, en empilant les intérêts, en testant des lookalikes à 1 %. Ce travail a disparu. Advantage+ côté Meta, Smart+ côté TikTok (successeur des Smart Performance Campaigns depuis 2024) : la machine décide à qui montrer quoi.
Les systèmes de ranking récents chez Meta — type Andromeda — priorisent explicitement la qualité créative dans l'évaluation des annonces, comme le rappelait Marguerite Social Ads au printemps 2025. Traduction pour un annonceur : vous n'achetez plus un ciblage, vous achetez une capacité à nourrir l'algorithme en variété. Et la variété se décide, elle ne s'improvise pas.
Deuxième moteur : la multiplication des surfaces. Meta, TikTok, YouTube Shorts, Pinterest, Snapchat. Chacune avec ses codes, ses durées utiles, ses placements. Les offres d'emploi françaises publiées fin 2025 exigent désormais la capacité à « produire pour Meta, TikTok et YouTube » et une maîtrise opérationnelle de ChatGPT, Runway et des outils de génération vidéo et vocale (digiRocks, décembre 2025). Il y a trois ans, ces lignes n'existaient pas dans les annonces.
Troisième moteur, le plus sous-estimé : l'UGC a fait exploser le coût marginal de la variante. Quand une créa coûtait 5 000 € à produire, on en faisait trois par an et on les soignait. Quand elle coûte 250 à 700 €, le goulot d'étranglement se déplace de la fabrication vers la décision. Qui décide des 40 prochaines ? Voilà le poste.
Combien coûte un creative strategist en 2026 : salarié, freelance ou inclus dans un forfait agence ?
Entre 46 000 € et 95 000 € de coût annuel chargé en interne, ou 800 à 4 300 € par mois en freelance selon le débit acheté. Il n'existe pas encore de référentiel salarial officiel consacré uniquement aux creative strategists en France (digiRocks, octobre 2025), ce qui laisse une grande latitude aux employeurs comme aux prestataires. D'où l'intérêt de croiser plusieurs sources.
Les repères salariaux disponibles
Les grilles agence publiées fin 2025 par digiRocks situent le poste à 32–40 k€ bruts en junior, 40–50 k€ en confirmé, 50–65 k€ en senior, 60–75 k€ en lead, et 65–85 k€ et plus pour un head of creative strategy. Glassdoor France relevait en octobre 2026 une médiane parisienne autour de 46 500 € et un 75e percentile à 59 750 €, sur un échantillon faible de 24 déclarations — à prendre comme un ordre de grandeur, pas comme une statistique solide.
Pour recadrer : selon les études salaires de l'Apec, 80 % des cadres se situent entre 38 000 et 91 000 € bruts annuels, les fonctions communication se plaçant dans le bas de cette fourchette. Le creative strategist n'est donc pas un poste hors grille. Il est juste rare — dhsdigital le présentait mi-2025 comme « LE métier le plus recherché en 2026, mais aussi le plus difficile à recruter ».
Les repères freelance
Le baromètre Malt repris par Propulse by CA situe les consultants en communication, stratégie et business development autour de 400 à 682 € par jour en 2026, sur une base de 226 jours facturables annuels (251 ouvrés moins 25 de congés). Des offres « freelance creative strategist » affichaient 2 000 à 4 000 € par mois sur Glassdoor France en octobre 2026, ce qui correspond grossièrement à 4 à 7 jours mensuels. La fourchette générale des TJM freelance en France va de 250 € à plus de 1 400 € selon secteur et séniorité (Régie Portage, novembre 2025).
| Mode d'acquisition | Coût réel | Débit mensuel réaliste | Mise en route | Risque principal |
|---|
| Salarié junior interne (32–40 k€ brut) | 46–58 k€ chargés / an | 8–15 briefs, 4–6 hypothèses testées | 3–5 mois (recrutement + montée en compétence) | Ne voit qu'un seul compte : zéro effet de comparaison |
| Salarié senior interne (50–65 k€ brut) | 72–95 k€ chargés / an | 20–35 briefs, 8–12 hypothèses testées | 4–7 mois (profil rare, préavis longs) | Départ = perte totale de la mémoire des tests |
| Freelance au TJM (400–680 €/j) | 800–4 300 € / mois (2 à 6 j) | 6–20 briefs selon jours achetés | 1–3 semaines | Dépend de votre capacité de production : il brieffe, qui tourne ? |
| Inclus dans un forfait agence créative | Non isolé — à faire chiffrer au devis | Variable : exigez le chiffre par écrit | 1–2 semaines | Le « strategist » est en réalité un chef de projet partagé sur 9 comptes |
| Non pourvu (réparti buyer + prod) | 0 € visible, coût caché en média gaspillé | 2–4 créas, sans hypothèse formalisée | Immédiat | Tout le monde croit que quelqu'un d'autre décide |
Les débits de la troisième colonne viennent de nos observations sur les comptes que nous opérons en 2025-2026, pas d'une étude publiée. Ils varient beaucoup selon la maturité du produit et la propreté du tracking. Une marque avec un catalogue de 400 références et un Pixel bancal consommera deux fois plus de temps de strategist pour la moitié des conclusions.
Un point souvent mal compris sur la ligne « forfait agence » : beaucoup d'agences facturent un pack de 12 ou 20 vidéos par mois sans jamais isoler le coût du cerveau. Demandez la ventilation. Si on vous répond « c'est inclus », reformulez : combien d'heures de creative strategy par mois, par qui, et avec quel livrable écrit ? Le silence qui suit est une information. La même logique de seuil s'applique à la capacité de tournage, détaillée dans notre article sur internaliser ou externaliser la production vidéo.
À partir de quel budget média ce rôle devient-il rentable ?
En dessous de 15 000 € de dépense média mensuelle, un creative strategist dédié est un luxe ; entre 15 000 et 40 000 €, il se justifie en freelance ; au-delà de 40 000 €, l'absence du rôle vous coûte plus cher que son salaire. Ces paliers viennent de ce que nous observons sur nos comptes clients e-commerce, pas d'un benchmark sectoriel publié — assumons-le clairement.
Le raisonnement est mécanique. Pour qu'une hypothèse créative soit tranchée, il faut lui donner assez de dépense pour sortir du bruit. Sur Meta, nous considérons qu'une créa a été testée quand elle a consommé l'équivalent de 2 à 3 CPA cibles. Avec un CPA cible à 35 €, ça fait 70 à 105 € par créa. Testez 10 créas dans le mois : 700 à 1 050 € de média uniquement pour la phase de test, avant même de scaler les gagnantes.
Maintenant, renversez. Si votre budget média mensuel est de 8 000 €, vous ne pouvez tester sérieusement que 6 à 8 créas par mois sans asphyxier vos campagnes de scale. Six à huit hypothèses, c'est 2 à 4 heures de travail de strategist par semaine. Payer un temps plein pour ça n'a aucun sens. Un freelance à 2 jours par mois, oui.
Le calcul du nombre de créas à produire en fonction du palier média est détaillé dans notre article sur le budget créatives mensuel par palier média. Retenez la logique : le débit créatif suit le budget média, et le besoin de stratégie suit le débit créatif. Pas l'inverse.
Le coût caché quand le rôle n'existe pas
Voilà le chiffre qui devrait vous intéresser. Sur un compte à 50 000 € de média mensuel sans personne qui pilote la créa, nous constatons régulièrement 20 à 35 % du budget dépensé sur des créas en déclin évident, maintenues parce que personne n'a le mandat de les couper. Soit 10 000 à 17 500 € par mois. Le salaire chargé d'un senior, c'est 6 000 à 8 000 € mensuels. L'arbitrage se fait tout seul.
Attention à ne pas surinterpréter : ces 20-35 % sont ce que nous mesurons lors d'audits, sur des comptes qui nous appellent justement parce que ça ne va pas. Un compte sain présentera des chiffres très différents. Je ne connais pas d'étude publique qui chiffre proprement ce gaspillage en France.
Un backlog d'hypothèses priorisé : chaque note porte une variable isolée et un coût de production estimé.Comment savoir en 30 jours si le vôtre fait son travail ?
Quatre preuves suffisent, et elles se demandent par écrit au bout de quatre semaines. Pas de réunion, pas de slide de synthèse. Des fichiers.
Preuve 1 : le journal des hypothèses
Un document où chaque ligne contient : la date, l'hypothèse formulée avant le test, la variable isolée, le volume de dépense atteint, le résultat, la décision prise. Un strategist à mi-temps sur un compte à 30 k€ de média devrait en avoir 6 à 10 lignes au bout d'un mois. S'il en a trois et qu'elles ont toutes été écrites la veille de votre demande, vous savez.
Preuve 2 : le taux de créas gagnantes, assumé
Il doit pouvoir vous dire combien de créas il a produites, combien ont passé le seuil de scale, et le ratio. Sur nos comptes e-commerce, le ratio tourne entre 1 gagnante sur 6 et 1 sur 12 selon la verticale et la maturité du compte. Un profil qui vous annonce 1 sur 2 ment, ou alors son seuil de « gagnante » est si bas qu'il ne veut rien dire. Demandez la définition du seuil avant le chiffre.
Preuve 3 : la lecture par ratios, pas par ROAS global
Un strategist compétent lit ses tests sur trois ratios intermédiaires avant de regarder le ROAS : taux de rétention à 3 secondes, taux de rétention à 50 % de la durée, CTR sortant. C'est ce qui permet de savoir pourquoi une créa performe, pas seulement qu'elle performe. Nos repères sont dans l'article sur les 3 ratios à mesurer sur Meta Ads. S'il ne parle que de ROAS, il lit le résultat du media buyer, pas son propre travail.
Preuve 4 : au moins une décision impopulaire
Une créa coupée alors que la direction l'aimait. Un angle abandonné malgré l'investissement. Un format refusé parce qu'il ne testait rien de neuf. Si en 30 jours il n'a contredit personne, il valide, il ne décide pas.
Les cinq faux signaux à ignorer
- Le moodboard Figma de 40 slides. Joli, zéro valeur décisionnelle.
- La veille concurrentielle hebdomadaire. Utile une fois par trimestre. Hebdomadaire, c'est du remplissage.
- Le volume de créas livrées. Produire 40 variantes du même angle, c'est de la figuration. Trois angles différents testés proprement valent mieux.
- Le « on a un problème de fatigue publicitaire » systématique. C'est devenu le diagnostic par défaut. Les vrais seuils et les faux diagnostics sont détaillés dans notre article sur la fatigue publicitaire vidéo.
- Les captures d'écran de hooks viraux d'autres marques. Sans hypothèse sur la raison du succès, c'est du Pinterest professionnel.
Creative strategist, DA, media buyer : qui tranche quoi exactement ?
Le creative strategist décide du contenu de l'annonce, le media buyer décide de sa distribution, le DA décide de son exécution visuelle. Trois mandats distincts, trois façons de se tromper, trois façons de se mesurer. Quand les frontières sont floues, la créa devient l'orpheline du dispositif.
| Rôle | Décide | Ne décide pas | Livrable signature | Se mesure sur |
|---|
| Creative strategist | Quel angle, quel ordre, kill ou scale | Les budgets, la charte, le casting final | Journal d'hypothèses + briefs | Débit d'hypothèses testées, taux de gagnantes |
| Directeur artistique | Le traitement visuel, la cohérence de marque | Ce qu'on teste, ce qu'on coupe | Charte, gabarits, direction visuelle | Conformité et qualité perçue |
| Media buyer | Structure de campagne, budgets, enchères | Le contenu des annonces | Plan média + reporting compte | CPA, ROAS, volume à l'échelle |
| Social media manager | Calendrier organique, ton communautaire | Rien dans l'ad account | Planning éditorial | Portée organique, engagement, abonnés |
| Producteur / agence UGC | Casting, logistique, planning de tournage | L'hypothèse testée | Masters + rushes + droits | Délai, conformité au brief, coût unitaire |
Une erreur d'organisation revient souvent chez les marques entre 2 et 15 millions de chiffre d'affaires : confier la creative strategy au media buyer de l'agence média. Sur le papier, logique — il a les données. En pratique, son objectif de la semaine est le CPA, donc il arbitrera toujours pour le court terme. Il n'ira pas brûler 900 € sur un angle risqué qui pourrait ouvrir une nouvelle audience dans six semaines. Ces deux temporalités sont incompatibles dans une seule tête.
Quelles sont les six idées reçues à corriger sur ce métier ?
La plupart des erreurs de recrutement viennent de six croyances qu'on entend chaque semaine en rendez-vous. Les voici, démontées une à une.
« C'est un DA avec un autre nom »
Non, et la confusion coûte cher. On a vu en 2025 une marque de compléments alimentaires recruter un DA senior issu de la pub print pour « faire de la creative strategy ». Six mois plus tard, le compte avait des créas superbes et un CPA en hausse de 40 %. Le DA refusait de livrer des formats bruts, jugés indignes de la marque. Ce sont exactement ceux qui performaient chez les concurrents.
« Il faut un gros budget pour en avoir un »
Un freelance à deux jours par mois coûte 800 à 1 450 € selon le TJM retenu dans la fourchette Malt. Pour une marque à 15 000 € de média mensuel, c'est moins de 10 % du budget média. Ce qui est hors de portée, c'est le temps plein. Pas le rôle.
« C'est le rôle du media buyer »
Traité plus haut. Ajoutons un chiffre : dans les offres d'emploi françaises que nous avons parcourues fin 2025, les deux rôles sont systématiquement publiés séparément. Le marché a déjà tranché, même si les organisations n'ont pas suivi.
« Son job, c'est de trouver des idées »
Les idées sont la partie facile. N'importe quelle équipe produit 30 idées en une après-midi. Le travail, c'est de les hiérarchiser avec un budget fini, d'en isoler les variables, et surtout d'accepter que la majorité soit invalidée. La boucle canonique du métier tient en six temps : analyse, hypothèse, création, diffusion, mesure, nouvelle création (digiRocks, 2025). Quatre de ces six temps ne sont pas créatifs du tout.
« L'IA générative va le remplacer »
C'est l'inverse qui se produit, et je vais nuancer contre mon propre intérêt commercial. L'IA fait chuter le coût de la variante — scripts, voix, déclinaisons, variantes de hook. Résultat : le nombre de créas possibles explose, et le goulot se déplace encore plus nettement vers la décision. Les offres de fin 2025 exigent d'ailleurs la maîtrise de ChatGPT et Runway dans la fiche de poste du creative strategist. L'outil est entré dans le métier, il ne l'a pas supprimé. Ce qui va disparaître, en revanche, c'est le profil qui ne faisait que rédiger des scripts.
« On le juge sur le ROAS »
Le ROAS est un résultat partagé entre la créa, le média, le prix, la marge, la saison et la page produit. Le juger là-dessus revient à évaluer un chef de cuisine sur le chiffre d'affaires du restaurant, livraison et parking compris. Les deux indicateurs qui lui appartiennent vraiment : le nombre d'hypothèses testées proprement dans le mois, et le taux de créas qui atteignent le seuil de scale. Le reste, c'est de la responsabilité collective.
Comment recruter ou acheter ce rôle sans se tromper ?
Demandez un exercice payant sur votre propre compte avant de signer quoi que ce soit. Deux demi-journées, rémunérées au TJM affiché, avec un périmètre précis : accès en lecture à l'ad account, et production de trois livrables.
- Une matrice d'angles avec au minimum 10 entrées, dont 3 que vous n'avez jamais testées.
- Un backlog de 5 hypothèses priorisées avec coût de production estimé et dépense média nécessaire pour trancher.
- Deux briefs complets, directement exploitables par un prestataire extérieur.
Ce que vous regardez : est-ce qu'il a ouvert vos données ou est-ce qu'il a recopié des tendances génériques ? Est-ce qu'il cite vos chiffres, vos références produit, vos commentaires clients ? Un bon profil vous rendra un document qui ne pourrait pas être envoyé à une autre marque. Un mauvais profil vous rendra un template.
Deuxième filtre, plus brutal : demandez-lui de critiquer vos trois meilleures créas actuelles. Celui qui vous dit « c'est très bien » cherche le contrat. Celui qui vous dit « votre hook fonctionne mais vous ne l'avez jamais décliné sur l'angle prix, et vos trois gagnantes partagent la même structure, donc vous êtes exposés dès qu'elle s'use » a déjà commencé à travailler.
Dernier point, et c'est celui qu'on oublie toujours : vérifiez qui tourne. Un creative strategist sans capacité de production derrière lui produit des briefs qui s'empilent. Nous avons vu des marques payer un excellent freelance pendant quatre mois pour un backlog de 30 briefs dont 7 avaient été tournés. Le cerveau sans les mains, c'est du budget immobilisé. L'inverse — des mains sans cerveau — c'est 40 vidéos par an qui testent la même chose.
Un creative strategist se juge au bout de 90 jours, pas de 30. Trente jours suffisent à voir s'il tient un journal et s'il ose couper. Quatre-vingt-dix jours sont nécessaires pour savoir s'il a trouvé un angle que personne chez vous n'avait vu — et c'est là, uniquement là, que le rôle se rembourse.
Questions fréquentes
- Quelle est la différence entre un creative strategist et un directeur artistique ?
- Le directeur artistique garantit la qualité visuelle et la cohérence de marque. Le creative strategist décide quelles hypothèses tester, dans quel ordre, et quelles créas couper. Il acceptera une vidéo visuellement imparfaite si elle isole proprement une variable. Les deux cohabitent très bien, mais ils n'ont ni le même mandat ni les mêmes indicateurs de performance.
- Combien coûte un creative strategist freelance en France en 2026 ?
- Le baromètre Malt repris par Propulse by CA situe les consultants communication et stratégie entre 393 et 723 € par jour en 2026. Des missions freelance affichaient 2 000 à 4 000 € par mois sur Glassdoor France en octobre 2026, soit environ 4 à 7 jours mensuels. Pour un accompagnement léger, comptez 2 jours par mois, soit 800 à 1 450 €.
- À partir de quel budget média faut-il un creative strategist ?
- Sur nos comptes clients e-commerce, le rôle devient pertinent en freelance à partir de 15 000 € de dépense média mensuelle, et un temps plein se justifie au-delà de 40 000 €. En dessous, le volume de créas testables ne dépasse pas 6 à 8 par mois, ce qui représente 2 à 4 heures de travail hebdomadaire. Un temps plein serait sous-employé.
- Sur quels indicateurs juger un creative strategist ?
- Deux indicateurs lui appartiennent vraiment : le nombre d'hypothèses testées proprement dans le mois, et le taux de créas atteignant le seuil de scale. Sur nos comptes, ce ratio se situe entre 1 gagnante sur 6 et 1 sur 12. Le ROAS est un résultat partagé avec le média, le prix et la page produit : mauvais indicateur individuel.
- L'intelligence artificielle va-t-elle remplacer le creative strategist ?
- Les offres d'emploi françaises de fin 2025 exigent au contraire la maîtrise de ChatGPT, Runway et des outils de génération vidéo dans la fiche de poste. L'IA réduit le coût de la variante, ce qui augmente le nombre de créas possibles et déplace le goulot d'étranglement vers la décision. Le profil menacé est celui qui se contentait de rédiger des scripts.
- Peut-on demander à son agence d'isoler le coût du creative strategist ?
- Oui, et c'est à exiger au devis. Beaucoup d'agences facturent un pack de 12 ou 20 vidéos mensuelles sans jamais ventiler la part de stratégie. Posez trois questions : combien d'heures par mois, par quelle personne nommée, et quels livrables écrits. Si la réponse reste « c'est inclus », le rôle n'est probablement pas tenu.
Besoin d'un creative strategist et des mains derrière ?
Vous savez maintenant qu'un backlog d'hypothèses sans capacité de tournage reste du budget immobilisé. Esekai est un studio de vidéo verticale : creative ads, UGC et contenu organique pour TikTok, Reels et Shorts, avec un Creative Strategist dédié, le tournage et le montage en interne, et des itérations lancées dans la semaine. Trente minutes au rendez-vous : formats, budget, plan d'action. Pas de présentation d'agence.
Prendre rendez-vous →30 minutes pour parler formats, budget et plan d'action.